Tragédie des sept élèves en Haute-Savoie
Le professeur met fin à ses jours
Un mois et demi après le drame vécu en Haute-Savoie, le professeur, qui avait organisé la sortie scolaire
ayant coûté la vie à sept enfants, met fin à ses jours jeudi. L’enseignant âgé de 42 ans, marié et père de deux enfants, a été retrouvé pendu à un arbre à Fessy.
Le 2 juin dernier, ce professeur du collège principal de Magencel (Haute-Savoie) était dans un bus qui transportait des élèves âgés entre 11 et 13 ans en excursion pédagogique vers la cité médiévale d’Yvoire. Le véhicule avait été percuté par un TER à un passage à niveau sur la commune d’Allinges, causant la mort de sept collégiens et faisant 25 blessés, dont trois graves. Le chauffeur de l’autocar, mis en examen pour “homicides et blessures involontaires”, a été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire le 7 juillet dernier. Il affirme que le feu n’était pas rouge au moment où il a franchi le passage à niveau. Ses déclarations sont contredites par plusieurs automobilistes témoins du drame qui suivaient l’autocar.
Les faits étant ce qu’ils sont, on se demande pourquoi entre les conducteurs du bus et du TER directement concernés par la responsabilité de l’accident, c’est le professeur qui est passé à l’acte du suicide. L’on se demande aussi ce qu’a du être la vie et les pensées de cet employé de l’éducation nationale durant un mois et demi. «Aguerri» et «aimé de ses élèves», Eric Jandin était en poste depuis deux ans au collège de Margencel. «C’était un homme très solide avant le drame, mais il ne s’en est jamais remis. Depuis, on le sentait fragile, témoigne Patrick Bermont, le principal du collège. Il était très entouré par ses collègues et avait un suivi psychologique. Malheureusement, cela n’a pas suffi…».
Eric Jandin est un enseignant qui menait une vie familiale calme. Ce papa de deux enfants propose un jour une sortie pédagogique concernant ses élèves de cinquième en vue de leur inculquer un savoir, une culture, il ne s’attendait pas à ce que cela vire à la tragédie. Il ne s’attendait surtout pas à ce que sa vie, celle de ses élèves, leurs familles, celle de ses propre enfants soit bouleversée. Il était dans le bus et a vu mourir Tom, Léa, Fanny, Yannis, Natacha, Timothé et Benoît. Il a assisté aux durs moments de leur transport à l’hôpital, à la douleur des parents face à la terrible nouvelle qu’il fallait leur annoncer. Il a aussi du faire face aux regards accusateurs et inquisiteurs de ces familles abattues et désespérées que le sort a choisies. Et enfin, il a aussi du endurer toute la médiatisation de l’affaire qui a focalisé les projecteurs sur lui au point que sa famille avait demandé à ce que “le minimum de communication soit fait autour de ce drame”. Il a porté le poids de la culpabilité malgré le soutien et la grande compassion dont ses collègues et amis faisaient preuve à son égard. Il était aussi sous traitement psychologique. Alors, que s’est-il passé cette nuit du mercredi au jeudi ?
“Il était très affecté par cet accident, avec un sentiment de culpabilité lié au fait qu’il était à l’initiative de cette sortie”, a déclaré Michel Leleu un responsable académique. Pendant un mois et demi cet enseignant aurait donc souffert du cauchemar de ces images inoubliées qui défilaient sans cesse lui torturant l’esprit. Hanté par les visages de ses élèves qu’il connaissait pour les avoir assistés durant une année scolaire et qui n’étaient plus de ce monde par sa faute pensait-il probablement. C’est sans doute dans cet état d’esprit que l’idée du suicide a germé chez lui jusqu’à l’amener au geste fatal de son exécution. Désespéré face à une douleur devenue oppressante et insupportable, Eric Jandin a choisi de partir en laissant une veuve et deux enfants. C’est ainsi que le corps de ce porté disparu a été retrouvé jeudi matin pendu à un arbre dans un bois de la commune de Fessy en Haute-Savoie.
F.O


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