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Un mythe aux antipodes des siècles

Le romantisme allemand à l’affiche hier soir au théâtre du Nord. Le fantôme d’une reine mythique a plané pendant presque deux heures et demi sur scène. Dans une version de Schiller revisitée par Stuart Seide, c’est une Mary Stuart bien particulière que les lillois ont rencontrée.

Etonnante Première hier au théâtre du Nord. Un mythe romantique dans un décor moderne. Belle conjugaison d’ingrédients historiques, littéraires, humains. Mary Stuart affronte son ennemie et cousine sur une scène du XXIe siècle.

Le spectacle commence à 20h dans un théâtre comble à quelques sièges mary-stuart-1près. Sous les yeux d’un public enthousiaste et curieux, une scène au décor particulier. Un plancher, quelques chaises ici et là, un arrière plan tout en barreaux. Décor sombre comme le sort d’une reine déchue sur laquelle est projetée la lumière : Mary Stuart est dans sa cellule, assignée à résidence, comme le veut l’histoire, par sa cousine la reine Elizabeth d’Angleterre.

L’intrigue principale est cette rencontre, qui n’a jamais eu lieu, entre deux femmes de pouvoir. Deux reines, l’une d’Ecosse, Mary Stuart, et l’autre d’Angleterre, Elizabeth 1ère. L’une catholique, et l’autre protestante. L’une héritière du droit divin et l’autre bâtarde. L’une suscitant la passion des hommes et l’autre « reine vierge », célibataire qui règne en homme. Stuart Seide semble d’emblée fonder sa mise en scène sur cette dualité : « Je percevais l’affrontement (…) des deux reines que tout oppose : le rapport au pouvoir, aux hommes, à la sensualité, à la vie, jusqu’aux contraintes mêmes dues à leur condition. ».

Dans un décor déroutant et hors époque, les personnages le sont aussi. Si le texte de Schiller est le même, on ne peut ignorer l’originalité de la mise en scène. Nous ne sommes pas dans une scène de la Renaissance mais dans un décor et des costumes qui font parfois des clins d’œil à l’époque de l’histoire qu’ils mettent en valeur et à laquelle ils appartiennent par définition.

La pièce se déroule successivement dans la cellule de Mary Stuart, dans un parc attenant à sa prison (avec un ciel gris derrière) et dans les salles du palais de la reine Elizabeth. Si le décor interpelle par sa nudité et son manque flagrant de référence à l’époque de l’histoire, les costumes et le jeu des personnages maintiennent le spectateur en alerte. Océane Moza est sublime en Mary Stuart, elle apparaît pieds nus, robe noire maxi, long gilet et cheveux libres et ondulés au début de la pièce. Loin d’être en costume d’époque, elle illustre pourtant sa misérable situation de reine déchue. Sa fin est aussi héroïque que le veut le mythe et la pièce de Schiller. Véritable surprise à la fin de la pièce : très classe, elle se présente en pantalon et chemisier blancs, les cheveux attachés en catogan, une Mary Stuart des temps modernes en somme. De même pour les autres personnages, certains apparaissent en costumes d’époque : perruques, et vêtements de la Renaissance. Mais l’alternance est là : les lords, courtisans d’Elizabeth, passent des capes de l’époque à des costumes début du XXe siècle. Cela s’illustre également chez Cécile Garcia Fogel qui, dans le rôle d’Elizabeth, troque sa cape de reine contre un ensemble jupe et veste rouges et plus tard en ensemble pantalon-veste en tweed ( pour rester british). Rappelons que l’histoire raconte que c’est en robe rouge que Mary Stuart voulait être exécutée et que c’est en blanc qu’elle s’en va mourir dans la pièce de Stuart Seide, alors que c’est la reine Elizabeth qui apparaît en rouge.

Jouant à fond sur la dualité, entre les deux principales protagonistes, Stuart Seide étend sa conception de la pièce à une adaptation du mythe qui l’actualise avec une grande originalité. C’est ainsi que Mary Stuart s’adresse au spectateur moderne, habillée classe malgré ses déclamations schillériennes.

Acteurs : Sébastien Amblard (Mortimer), Pierre Barrat ( Shrewsbury), Eric Castex (Paulet), Bernard Ferreira (Kent), Cécile Garcia Fogel (Elizabeth), Jonathan Heckel (Davidson), Caroline Mounier (Kennedy), Océane Mozas ( Mary Stuart), Julien Roy (Burleigh), Stanislas Stanic (Aubespine, Melvil), Vincent Winterhalter (Leicester).

Mise en scène : Stuart Seide

F.O

Grande Salle de Lille du 8 au 31 janvier, du mardi au samedi à 20h, les jeudis, 15,22 et 29 à 19h, les dimanches, à 16h. Tarif : 23 à 7 euros.

Réservations : 03 20 14 24 24


Jeudi 10 juillet, M.B, 37ans, père de famille, passe au tribunal correctionnel de Lille pour vol à l’étalage commis le 7 juillet dernier.

Dans cette grande salle en béton, lugubre et mal éclairée, la Cour, présidée par M.Christophe Le Gallo, juge le prévenu en comparution immédiate. M.B est accusé du vol de deux GPS dans un magasin d’appareils électroniques. Les questions du juge sont centrées sur la récidive de M.B et sa condamnation pour faits similaires. Il l’interroge également sur sa famille et son emploi.

Le prévenu est au chômage depuis la fermeture d’une entreprise connue à Lys-Lez-Lannoy. Le Procureur de la République, M.Jean-Philippe Navarre, se prononce, dans cette salle comble, sans user de son micro. Dans son discours, pratiquement inaudible, qui agace l’assistance, il exige un an de prison avec sursis. D’un ton révolté l’avocate revient sur cette comparution immédiate injustifiée, selon elle, pour un délit aussi peu grave qu’un vol à l’étalage. Virulente, elle insiste sur la précarité de la situation sociale et familiale du prévenu : ayant perdu son travail après vingt ans de service et sa maison, M.B est un SDF. L’avocate se dit scandalisée par les dommages et intérêts, pour préjudice moral, réclamés par la partie civile alors qu’il n y a eu ni violence, ni agression. La Cour prononce le jugement : trois mois avec sursis.

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