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Dans la braderie de Lille se retrouvent bradeux, brocanteurs et antiquaires de partout, pourtant, ils n’ont pas tous la même motivation même si le but est le même, vendre. Ici quelques profils de bradeux rencontrés à l’occasion:

Les passionnés

Temps gris, pluie fine et François est assis sur un siège pliable rue Gauthier de Châtillon. Il sirote son café face à sa fourgonnette pleine à craquer de bibelots et de vieille ferraille. En jogging et baskets, regard bleu, cheveux poivre et sel, la soixantaine, retraité de l’éducation nationale et entraîneur dans un club de football, François est assis avec, à portée de sa main, son thermos et sa plaque chauffante. Il surveille les places qu’il a réservées à ses amis.

Il s’est fait remplacer à son club de football pour venir, mardi, de Valenciennes à la braderie de Lille. Il y vient depuis 15 ans, dit-il, depuis son service militaire dans la région.

François choisit la rue Gauthier-de-Châtillon parce que le marathon qui commence samedi n’y passe pas, il pourra donc mettre en place son étalage tôt le matin sans attendre 14h comme les bradeux qui se trouvent sur le parcours de la course.

Faisant cinq à six braderies par an ( notamment en Belgique et en Angleterre ), François lance avec un grand sourire: « La braderie c’est mon plaisir, comme le football »

En face, sur l’autre trotoire de la rue Gauthier-de-Chatillon, Pat 50 ans est bradeur depuis plus de vingt-cinq-ans. Sa spécialité, les objets publicitaires. Patissier dans la vie courante, il s’organise toujours pour avoir un congé d’une semaine pour la braderie de Lille.

“J’ai autant de plaisir à acheter le matin qu’à vendre l’après-midi, l’Officiel de la braderie c’est ma bible” dit Pat.Aller aux braderies lui permet de découvrir des petits villages éloignés et “sympathiques”.

Et depuis peu, Pat s’est mis à la page en apprenant des rudiments d’informatique qui lui permettent de brader sur le web.

Les professionnels

« Je fouine beaucoup » dit Roland, un antiquaire de 50 ans qui finit d’étaler des statuettes et des chandeliers boulevard Jean-Baptiste-Lebas. Avec son frère, ils tiennent une boutique d’antiquaire à Neuilly sur Seine, et la braderie de Lille fait partie de leur vie depuis vingt ans.

Grand de taille, cheveux grisonnants et regard imperturbable alors qu’il négocie le prix d’une ancienne pompe à eau avec un client. Ses étalages vont des boutons de manchette aux bijoux en argent et aux vases en cristal. « Je fais les successions et je vide les greniers et les caves des gens » explique Roland

Plus loin, au bout du boulevard Jean-Baptiste-Lebas, un grand stand commence par un camping car dont l’extension est une grande tente blanche. A côté des étalages une femme âgée mais d’une incroyable énergie. Jeannette 74 ans est assise sur un siège pliable avec sa béquille à côté du camping car loué spécialement pour son confort par ses enfants. Un accident de la hanche l’empêche de rester debout ce qui ne l’empêche pas de négocier vivement et fermement le prix d’un lot de cannes anciennes avec les clients. Française elle habite la Belgique et vient assister ses deux grands enfants à une braderie dans laquelle elle a fait son temps : « Je suis antiquaire depuis 40 ans et je viens à la braderie depuis toujours. Mais depuis mon accident, ce sont les enfants qui font marcher la boutique ». Ses enfants ainsi que son petit fils s’affairent en marchandant avec les clients attirés, entre autres, par leurs poupées de collection et les vieilles machines à sous.

Les enfants

Enzo et Grégoire, 11 ans et 12 ans, tiennent un stand avec leurs parents et leur petite sœur. Ils sont de Lille et participent à la braderie depuis deux ans. Si les parents sont là pour les encadrer, ils négocient seuls les prix de leurs jouets et livres. « A chaque veille de la braderie, je range à fond ma chambre et je mets de côté ce que je vends ici » dit Enzo. Ayant à l’oeil leur étalage de bandes dessinées et de jeux de cartes, Grégoire, plus timide, sort de sa réserve en appuyant son frère : « On aime vendre la majorité de nos trucs et on déteste les clients qui négocient une heure sans rien acheter ».

Tragédie des sept élèves en Haute-Savoie
Le professeur met fin à ses jours

Un mois et demi après le drame vécu en Haute-Savoie, le professeur, qui avait organisé la sortie scolaire ayant coûté la vie à sept enfants, met fin à ses jours jeudi. L’enseignant âgé de 42 ans, marié et père de deux enfants, a été retrouvé pendu à un arbre à Fessy.

Le 2 juin dernier, ce professeur du collège principal de Magencel (Haute-Savoie) était dans un bus qui transportait des élèves âgés entre 11 et 13 ans en excursion pédagogique vers la cité médiévale d’Yvoire. Le véhicule avait été percuté par un TER à un passage à niveau sur la commune d’Allinges, causant la mort de sept collégiens et faisant 25 blessés, dont trois graves. Le chauffeur de l’autocar, mis en examen pour “homicides et blessures involontaires”, a été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire le 7 juillet dernier. Il affirme que le feu n’était pas rouge au moment où il a franchi le passage à niveau. Ses déclarations sont contredites par plusieurs automobilistes témoins du drame qui suivaient l’autocar.

Les faits étant ce qu’ils sont, on se demande pourquoi entre les conducteurs du bus et du TER directement concernés par la responsabilité de l’accident, c’est le professeur qui est passé à l’acte du suicide. L’on se demande aussi ce qu’a du être la vie et les pensées de cet employé de l’éducation nationale durant un mois et demi. «Aguerri» et «aimé de ses élèves», Eric Jandin était en poste depuis deux ans au collège de Margencel. «C’était un homme très solide avant le drame, mais il ne s’en est jamais remis. Depuis, on le sentait fragile, témoigne Patrick Bermont, le principal du collège. Il était très entouré par ses collègues et avait un suivi psychologique. Malheureusement, cela n’a pas suffi…».

Eric Jandin est un enseignant qui menait une vie familiale calme. Ce papa de deux enfants propose un jour une sortie pédagogique concernant ses élèves de cinquième en vue de leur inculquer un savoir, une culture, il ne s’attendait pas à ce que cela vire à la tragédie. Il ne s’attendait surtout pas à ce que sa vie, celle de ses élèves, leurs familles, celle de ses propre enfants soit bouleversée. Il était dans le bus et a vu mourir Tom, Léa, Fanny, Yannis, Natacha, Timothé et Benoît. Il a assisté aux durs moments de leur transport à l’hôpital, à la douleur des parents face à la terrible nouvelle qu’il fallait leur annoncer. Il a aussi du faire face aux regards accusateurs et inquisiteurs de ces familles abattues et désespérées que le sort a choisies. Et enfin, il a aussi du endurer toute la médiatisation de l’affaire qui a focalisé les projecteurs sur lui au point que sa famille avait demandé à ce que “le minimum de communication soit fait autour de ce drame”. Il a porté le poids de la culpabilité malgré le soutien et la grande compassion dont ses collègues et amis faisaient preuve à son égard. Il était aussi sous traitement psychologique. Alors, que s’est-il passé cette nuit du mercredi au jeudi ?

“Il était très affecté par cet accident, avec un sentiment de culpabilité lié au fait qu’il était à l’initiative de cette sortie”, a déclaré Michel Leleu un responsable académique. Pendant un mois et demi cet enseignant aurait donc souffert du cauchemar de ces images inoubliées qui défilaient sans cesse lui torturant l’esprit. Hanté par les visages de ses élèves qu’il connaissait pour les avoir assistés durant une année scolaire et qui n’étaient plus de ce monde par sa faute pensait-il probablement. C’est sans doute dans cet état d’esprit que l’idée du suicide a germé chez lui jusqu’à l’amener au geste fatal de son exécution. Désespéré face à une douleur devenue oppressante et insupportable, Eric Jandin a choisi de partir en laissant une veuve et deux enfants. C’est ainsi que le corps de ce porté disparu a été retrouvé jeudi matin pendu à un arbre dans un bois de la commune de Fessy en Haute-Savoie.

F.O

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